Start-ups et Défense : qui finance l’innovation en France aujourd’hui ?

16 juillet 2026

Start-ups et Défense formaient, il y a encore quelques années en France, deux univers assez éloignés l’un de l’autre. Ce constat évolue sous l’effet d’au moins deux facteurs : un contexte géopolitique qui replace les enjeux de sécurité et de souveraineté au centre des priorités, et un besoin accru d’innovation dans un secteur où l’avance technologique peut s’avérer déterminante sur le terrain (les usages de drones et les systèmes d’interception observés en Ukraine et en Iran en sont des illustrations récentes).

Faisons le point sur les principales questions que soulève le financement des start-ups dans ce secteur.

Comment l’État soutient-il l’innovation dans la Défense ? Quel est le rôle de l’AID ?

Une agence dédiée, créée en 2018

La création de l’Agence de l’innovation de défense (AID), le 1er septembre 2018, s’inscrit dans cette dynamique. Elle traduit également une ambition politique affichée : faire de l’innovation l’une des priorités du ministère des Armées.

Une gouvernance et un budget de 1,2 milliard d’euros

L’AID est un service à compétence nationale placé sous l’autorité du délégué général pour l’armement. Son équipe, forte d’un peu plus d’une centaine de personnes, a vocation à s’étoffer d’ici la fin de la période de programmation. Le budget de l’Agence s’élève à 1,2 milliard d’euros.

Ce budget regroupe les crédits du programme 144 (le programme budgétaire de l’État dédié à l’environnement et à la prospective de la politique de défense) consacrés aux études amont, c’est-à-dire la recherche menée en amont, avant le lancement concret des programmes d’armement.

Il inclut également les crédits des opérateurs placés sous la tutelle de l’AID, à savoir l’ONERA (l’office national d’études et de recherches aérospatiales) et l’Institut Saint-Louis (institut de recherche franco-allemand spécialisé dans l’armement). S’y ajoutent, en cotutelle avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les crédits du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et du CNES (Centre national d’études spatiales), rattachés cette fois au programme 191 (dédié à la recherche duale, civile et militaire). Enfin, ce budget intègre les crédits alloués aux écoles d’ingénieurs de l’armement.

Rapid, Astrid, Définvest : les dispositifs pilotés par l’AID

L’Agence pilote par ailleurs plusieurs dispositifs :

Quels sont les fonds publics mobilisés pour soutenir l’innovation Défense ?

Qu’est-ce que la BITD ?

La base industrielle et technologique de défense (BITD) désigne l’ensemble des entreprises qui contribuent à la production des équipements destinés aux armées, sous le pilotage de la DGA. Elle représente 210.000 emplois et 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et rassemble 4.000 PME (dont 1.000 considérées comme stratégiques) aux côtés de neuf grands groupes industriels : Arianespace, Airbus, Dassault et Safran pour l’aéronautique, Thalès pour l’électronique, MBDA pour les missiles, Arquus et KNDS pour les blindés, et Naval Group pour le naval.

Les start-ups technologiques y occupent une place croissante, dans un marché dont la croissance est attendue sur les dix prochaines années.

Bpifrance renforce son engagement depuis mars 2025

À la suite de l’événement de Place consacré au financement de la BITD, organisé le 20 mars 2025, Bpifrance a renforcé son engagement envers le secteur de la défense, en mobilisant l’ensemble de ses outils d’intervention : fonds propres, prêts, soutien à l’innovation, accompagnement et appui à l’export.

Cet engagement s’inscrit dans la continuité de son action historique en faveur du secteur, et se traduit notamment par quatre fonds dédiés.

1- Le fonds Definvest

Lancé en 2018 par la Direction générale de l’armement (DGA) et Bpifrance, le fonds Definvest a été initialement doté de 50 millions d’euros. Sa stratégie consiste à soutenir le développement des start-ups, PME et ETI françaises du secteur de la défense, via des co-investissements en fonds propres et quasi-fonds propres compris entre 500.000€ et 10 millions d’euros.

En 2022, à la demande du ministère des Armées, sa taille a été portée à 100 millions d’euros. À ce jour, il a investi près de 70 millions d’euros dans 27 entreprises porteuses de technologies souveraines et stratégiques. Pour pérenniser son action, sa période d’investissement a été allongée à 20 ans et sa durée de vie à 30 ans. Le fonds vient d’investir dans Magellium Artal, acteur de référence du traitement d’images satellitaires et de la cartographie numérique.

2- Le Fonds Innovation Défense (FID)

Lancé en 2021 par l’Agence de l’innovation de défense (AID) et Bpifrance, le Fonds Innovation Défense (FID) vise à soutenir, en fonds propres et quasi-fonds propres, des entreprises innovantes à fort potentiel, afin de renforcer la compétitivité et la souveraineté technologique française. Doté initialement de 220 millions d’euros, il a investi près de 80 millions d’euros dans 11 entreprises, parmi lesquelles Pasqal, Quandela, Alice & Bob et Exotrail.

Une nouvelle levée de fonds auprès d’Allianz France et de MBDA porte désormais sa taille à 275 millions d’euros. Bpifrance et la Caisse des Dépôts doivent également l’abonder, pour une taille cible de 300 millions d’euros.

3- Le fonds Bpifrance Défense

Rattaché à la gamme Bpifrance Entreprises, le fonds Bpifrance Défense permet aux particuliers d’investir dans des entreprises non cotées dont l’activité contribue à la souveraineté nationale en matière de défense. Accessible dès 500€, il vise une taille cible de 450 millions d’euros.

D’une durée de vie de 20 ans, incluant une période de blocage de 5 ans, il affiche un objectif de rendement annuel net de 5%, non garanti, le fonds présente notamment un risque de perte en capital. La souscription est possible en ligne, via une plateforme digitale sécurisée.

4- L’Accélérateur Défense

Bpifrance et la DGA ont lancé une deuxième promotion de l’Accélérateur Défense en octobre 2025. Vingt-cinq entreprises du secteur bénéficient d’un accompagnement sur-mesure pendant 18 mois.

Le ministère des Armées a recensé, sur l’ensemble de l’année 2025, de nombreuses initiatives en faveur du financement de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE), avec une implication croissante d’acteurs privés. Repérer ces acteurs peut constituer un point de départ utile pour toute start-up en recherche d’investisseurs sensibles à ce secteur.

Une frise chronologique récapitule l’ensemble de ces initiatives : Frise 2026 investisseurs BITDE.pdf

Parmi les acteurs français identifiés :

En mai 2025 :


En juin 2025 :


En juillet 2025 :


Entre août et décembre 2025 :

Un secteur en pleine structuration, mais qui reste technique à naviguer

L’année 2025 aura marqué un tournant : les instruments de financement de la BITD se sont multipliés, diversifiés et professionnalisés, portés par une mobilisation inédite d’acteurs publics (AID, DGA, Bpifrance) et privés (banques, sociétés de gestion, régions). Pour une start-up ou une PME du secteur, l’enjeu n’est plus tant l’absence de solutions que la capacité à s’orienter parmi elles : fonds sectoriels, dispositifs d’amorçage, prêts bancaires dédiés, accélérateurs, financement participatif… chaque dispositif répond à un stade de maturité, un besoin en fonds propres ou en trésorerie, et des critères d’éligibilité qui lui sont propres.

Face à cette diversité, les équipes d’Exponens Croissance accompagnent les dirigeants dans la structuration de leurs opérations de financement.

Échangeons sur vos besoins.

Rédigé par Matthias Collot – Expert-comptable, Associé Exponens