Cleantech française : où en est vraiment l’écosystème en 2026 ?

8 juillet 2026

La France dispose d’un écosystème cleantech qui compte. Depuis 2010, Cleantech Open France fédère plus de 720 start-ups, TPE et PME engagées dans la transition écologique et énergétique, aux côtés de 100 partenaires publics et privés. Exponens accompagne cette initiative depuis plusieurs années en tant que partenaire.

L’édition 2026, réalisée en partenariat avec Bpifrance, s’appuie sur les réponses de 232 start-ups issues des 6 filières du SGPE (Secrétariat Général à la Planification Écologique), et interrogées à travers plus de 100 questions. Les résultats ont été dévoilés le 28 mai 2026, lors d’un événement réunissant investisseurs, institutions et entrepreneurs.

Que retenir de cette édition ? Une croissance qui se confirme, mais des inégalités qui persistent. Un financement qui reste le nerf de la guerre. Et une ambition européenne qui se maintient malgré les turbulences géopolitiques. Explications, données à l’appui.

Qui sont les start-ups cleantech françaises en 2026 ?

Un profil mature et industriel

Le profil type de la start-up du Baromètre 2026 ? Fondée en 2021, elle emploie en moyenne 8,5 salariés. Elle affiche un TRL 9 (Technology Readiness Level 9), le niveau maximal de cette échelle, correspondant à une solution déjà commercialisée et déployée sur le marché.

  • TRL 1-2 : recherche fondamentale, concept formulé
  • TRL 3-4 : preuve de concept en laboratoire
  • TRL 5-6 : prototype testé en conditions proches du réel
  • TRL 7-8 : démonstration en conditions opérationnelles réelles
  • TRL 9 : solution commercialisée et pleinement déployée

Cette maturité technologique se reflète dans la nature des solutions développées : 75 % des start-ups répondantes conçoivent une solution à vocation industrielle. Le SGPE (Secrétariat Général à la Planification Écologique) classe ces solutions selon l’objectif qu’elles poursuivent plutôt que selon un secteur d’activité classique.

Sur les six filières existantes, trois dominent largement :

  1. « Mieux produire » (62 %) pour réduire l’impact environnemental de la production
  2. « Mieux préserver » (33 %) pour protéger les ressources naturelles
  3. et « Mieux consommer » (27 %) pour transformer les usages de consommation : une hiérarchie cohérente avec le positionnement industriel de l’écosystème.

Ces start-ups s’adressent avant tout à d’autres entreprises : le modèle économique est majoritairement B2B, 92 % d’entre elles ciblant des TPE/PME et des grands groupes plutôt que les particuliers.

La place des femmes progresse, la sélectivité du marché aussi

34 % des start-ups de l’écosystème Cleantech Open France ont été créées ou co-créées par des femmes, soit une progression de 2 points par rapport au Baromètre précédent. Une dynamique encourageante dans un secteur encore perçu comme majoritairement masculin.

Revers de la médaille : parmi les 232 répondants, 7 % sont en cessation d’activité en 2026, un signal qui témoigne de la sélectivité croissante de l’environnement économique.

À retenir

– La start-up cleantech type est fondée en 2021, avec un TRL 9 (correspondant à une commercialisation active), 8,5 salariés et une cible B2B industrielle.
– 75 % des start-ups développent une solution industrielle, confirmant le positionnement greentech de l’industrie française.
– 34 % des start-ups sont créées ou co-créées par des femmes, en hausse de 2 points.

Comment se porte la santé financière des start-ups cleantech ?

Un chiffre d’affaires en progression, mais des inégalités persistantes

Le chiffre d’affaires (CA) moyen des start-ups cleantech a progressé d’environ 8 % entre 2024 (1,04 M€) et 2025 (1,12 M€), avec une prévision ambitieuse à 1,97 M€ pour 2026 : soit une croissance attendue de plus de 75 % en un an. Une trajectoire notable, mais à nuancer fortement face à la réalité du terrain.

La distribution du CA est en effet bien plus contrastée que la moyenne ne le laisse penser : 50 % des start-ups réalisent moins de 250 000 € de CA, et seulement 3 % dépassent les 10 M€.

Plus préoccupant encore, 18 % des start-ups ne déclarent aucun chiffre d’affaires en 2025, alors qu’elles n’étaient que 6 % à anticiper ce scénario l’année précédente. Un écart qui invite à modérer l’optimisme prévisionnel affiché par l’écosystème.

CA réel moyen 2024CA réel moyen 2025CA prévisionnel 2026
1,04 M€1,12 M€1,97 M€ (prévisionnel)

Financements : des besoins massifs, des sources qui se rééquilibrent

Une intention de lever largement partagée.

80 % des start-ups cleantech ont besoin de financements, et 71 % souhaitent lever des fonds d’ici la fin de l’année 2026. Mais cette intention masque une réalité hétérogène : 38 % n’ont encore jamais levé de fonds.

Des montants qui restent modestes.

Parmi les start-ups qui ont déjà levé, 64 % des opérations se concentrent entre 1 et 10 M€, des montants encore loin des standards des levées tech traditionnelles.

Deux leviers se complètent : aides publiques et fonds propres.

73 % des start-ups ont besoin de subventions et d’aides publiques, tandis que les fonds propres (equity) couvrent 72 % des besoins déclarés. Le tiers des montants recherchés se situe entre 250 000 € et 1 M€.

Des business angels qui se raréfient

La structure du capital révèle une évolution préoccupante : la part des business angels dans le capital des start-ups chute de 60 % à 38 % entre 2024 et 2026, soit une baisse de 22 points.

Ce désengagement s’explique par un contexte économique incertain, qui oriente ces investisseurs vers des secteurs à rentabilité plus rapide.

À retenir :

– Le CA moyen progresse de +8 points entre 2024 et 2025, mais 50 % des start-ups restent sous la barre des 250 K€.
– 80 % des start-ups ont besoin de financement, et 71 % souhaitent lever des fonds en 2026.
– Les business angels reculent de 22 points dans la structure du capital, un signal d’alerte structurel.

Quels sont les principaux freins et ambitions des start-ups cleantech ?

Entre ambitions stratégiques, internationalisation et recrutement, les priorités des start-ups cleantech dessinent une nouvelle hiérarchie pour 2026.

Lever des fonds et gagner en visibilité : les deux urgences

Quels sont les objectifs des start-ups cleantech ?

Le podium des objectifs prioritaires pour 2026 est :

  1. lever des fonds (49 %),
  2. améliorer la visibilité (46 %)
  3. et poursuivre la R&D (40 %).

Fait notable, le recrutement a disparu du top 5 des priorités, contrairement aux éditions précédentes.

Quels sont les freins des start-ups cleantech ?

Du côté des freins, la difficulté à trouver des financements s’impose en tête (41 %), devant la nécessité d’être en relation avec les grands groupes (29 %) et le temps incompressible de développement technologique (27 %). Ce dernier point est intrinsèque aux cleantechs industrielles, dont les cycles d’innovation sont structurellement plus longs que dans le logiciel.

L’internationalisation, un cap tenu malgré les tensions géopolitiques

53 % des start-ups opèrent déjà à l’échelle européenne et 28 % à l’international.

  • Les principaux pays cibles en Europe sont l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique, l’Italie et la Suisse.
  • À l’échelle mondiale, l’Amérique du Nord, le Moyen-Orient & Afrique du Nord et l’Asie sont les zones prioritaires.

Les ambitions sont plus marquées encore pour l’avenir : 67 % des start-ups prévoient de s’implanter en Europe et 32 % à l’international, confirmant la vocation exportatrice de l’écosystème malgré un contexte géopolitique instable.

Le recrutement passe au second plan

Le profil des recrutements prévus à court terme reste dominé par les commerciaux, les ingénieurs et les chefs de projet. 40 % des start-ups ne prévoient aucune variation de leurs effectifs, 34 % envisagent 1 à 3 recrutements, et 8 % anticipent une baisse.

Ce recul du recrutement dans le classement des priorités peut se lire comme une réorientation stratégique : plutôt que de renforcer leurs équipes, les start-ups chercheraient davantage à accéder aux marchés via les grands groupes, une hypothèse cohérente avec la place que ces derniers occupent déjà parmi les freins identifiés plus haut.

À retenir :

– Lever des fonds (49 %) et améliorer la visibilité (46 %) sont les deux priorités absolues pour 2026.
– 53 % des start-ups opèrent déjà en Europe, et 67 % prévoient de s’y implanter davantage.
– Le recrutement sort du top 5 des priorités : l’accès aux grands groupes le remplace.

Quel est l’impact environnemental réel des start-ups cleantech ?

Des solutions qui agissent sur 4 ODD en moyenne

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) sont au cœur de l’activité des start-ups cleantech : chaque solution agit en moyenne sur 4 ODD simultanément. Trois objectifs dominent largement :

  • ODD 9 : Industrie, Innovation et Infrastructure (61 %)
  • ODD 13 : Lutte contre le changement climatique (56 %)
  • ODD 12 : Consommation et production responsables (52 %)

Cet engagement se traduit aussi par une reconnaissance formelle : 48 % des startups possèdent au moins une certification environnementale, renforçant leur crédibilité auprès des donneurs d’ordre et des investisseurs.

Biodiversité et climat, au cœur des missions

82 % des start-ups estiment que leur activité contribue à réduire les pressions sur la biodiversité.

Les facteurs de pression les plus adressés sont :

  • le changement climatique (70 %)
  • la pollution de l’eau, des sols et de l’air (51 %),
  • la surexploitation des ressources (36 %)
  • et de l’artificialisation des sols (35 %).

Au-delà de l’impact de leurs solutions, une démarche RSE qui progresse en interne

Les start-ups cleantech ne se limitent pas à l’impact de leurs produits : elles cherchent aussi à réduire l’empreinte de leur propre activité. 76 % ont déjà pris des mesures concrètes dans ce sens, et 39 % ont réalisé leur bilan carbone (en hausse de 3 points par rapport au Baromètre précédent).

Les principaux postes d’émissions identifiés sont les produits achetés (25,3 %), le transport (24,1 %) et les émissions directes (16,1 %).

68 % des entreprises disposent d’une à deux personnes dédiées à la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Les freins restent toutefois réels : manque de temps et d’équipe pour 67 % d’entre elles, contraintes budgétaires pour 37 %.

À retenir :

– Chaque solution cleantech agit en moyenne sur 4 ODD, avec une priorité donnée au climat et à l’industrie responsable.
– 82 % des start-ups estiment contribuer à réduire les pressions sur la biodiversité.
– 39 % ont réalisé leur bilan carbone — une pratique en progression constante.

Quel regard les start-ups cleantech portent-elles sur le contexte actuel ?

Le climat politique pèse sur le moral de l’écosystème : 71 % des start-ups cleantech déclarent être impactées par le contexte politique actuel. Mais ce sentiment varie sensiblement selon qu’on interroge la politique environnementale ou la politique économique.

Un optimisme fragile sur la politique environnementale

Sur ce volet, l’équilibre reste précaire : 38 % des start-ups se disent optimistes, contre 35 % de pessimistes.

Cette ambivalence traduit une réalité complexe : les start-ups cleantech bénéficient d’une demande croissante pour leurs solutions, mais subissent de plein fouet les contraintes de financement, de commande publique et de réglementation.

Un pessimisme marqué sur l’environnement économique

Le tableau est ici nettement plus sombre : 48% des start-ups se disent pessimistes, contre seulement 22,8% d’optimistes, un écart de plus de 25 points qui illustre le décalage ressenti entre les ambitions affichées par les pouvoirs publics et la réalité des conditions d’exercice sur le terrain.

À retenir :

– 71 % des start-ups se disent impactées par le contexte politique actuel.
– L’optimisme économique (38 %) est quasi à parité avec le pessimisme (35 %).
– 48 % sont pessimistes sur la politique environnementale, seules 22,8 % sont optimistes.

Le Baromètre Cleantech Open France 2026 dresse un portrait nuancé mais dynamique d’un secteur en croissance structurelle. Les start-ups cleantech françaises progressent, s’internationalisent et renforcent leur impact environnemental. Mais elles restent confrontées à des obstacles bien connus : accès au financement, visibilité et relation avec les grands donneurs d’ordre.

Ces enjeux ne sont pas que technologiques ou commerciaux. Ils sont aussi financiers, comptables et stratégiques. Structurer son financement, optimiser sa fiscalité, sécuriser ses flux de trésorerie, préparer une levée de fonds ou anticiper un passage à l’échelle industriel : ce sont autant de défis pour lesquels une expertise comptable et financière de proximité fait la différence.

Vous pilotez une start-up ou scale-up à impact ?

Exponens accompagne les entreprises en croissance dans la structuration de leur financement, leur stratégie fiscale et leur développement. En tant que partenaire du Cleantech Open France, nous connaissons vos enjeux.

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Questions fréquentes sur les start-ups cleantech

Qu’est-ce qu’une TRL 9 et pourquoi est-ce important pour une start-up cleantech ?

Le TRL (Technology Readiness Level) est une échelle de 1 à 9 mesurant la maturité technologique d’une innovation. Un TRL 9 signifie que la solution est pleinement déployée et commercialisée. Pour une start-up, atteindre ce niveau est un signal fort pour les investisseurs et les grands donneurs d’ordre : la technologie est prouvée, le risque technique est levé, et l’enjeu se déplace vers la mise à l’échelle commerciale.

Comment les start-ups cleantech peuvent-elles accéder aux aides publiques au financement ?

Les principaux dispositifs disponibles en France sont les subventions Bpifrance (PIA, prêts innovation, garanties), le Crédit d’Impôt Recherche (CIR), les fonds régionaux et les programmes européens comme Horizon Europe. L’accès à ces dispositifs nécessite souvent une ingénierie financière rigoureuse : dossiers de demande, justificatifs d’éligibilité, suivi administratif.

Pourquoi les business angels se retirent-ils du financement des cleantech ?

Le Baromètre 2026 révèle une chute de 22 points de la part des business angels dans le capital des start-ups cleantech. Ce recul s’explique par un contexte économique incertain qui pousse ces investisseurs individuels vers des secteurs à retour sur investissement plus rapide, notamment le logiciel ou la fintech. Les cleantech, avec leurs cycles d’innovation longs et leurs besoins en capital industriel, souffrent de ce désalignement entre leur horizon de rentabilité et les attentes des petits investisseurs.

Les start-ups cleantech françaises sont-elles compétitives à l’international ?

Oui, et le Baromètre 2026 le confirme : 53 % opèrent déjà en Europe et 28 % à l’international, des parts en progression malgré les tensions géopolitiques. L’Allemagne, l’Espagne et la Belgique sont les premières cibles européennes. Mais l’internationalisation soulève des enjeux fiscaux et juridiques complexes — TVA intracommunautaire, prix de transfert, implantation à l’étranger — pour lesquels un accompagnement spécialisé est indispensable.

Quelle est la différence entre une cleantech et une climate tech ?

Le terme “cleantech” (technologie propre) désigne toute innovation réduisant l’impact environnemental négatif d’une activité : énergie propre, eau, déchets, mobilité, agriculture durable, industrie responsable. La “climate tech” est un sous-ensemble focalisé spécifiquement sur la lutte contre le changement climatique : réduction des émissions de CO₂, captation carbone, adaptation climatique. Toutes les climate tech sont des cleantech, mais toutes les cleantech ne sont pas des climate tech.